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[Interview exclu] Maurice Okoumba-Nkoghé, le célèbre écrivain gabonais se livre totalement.

Quand j’ai écrit "La mouche et la glu", ma première fiction, je suis parti de l’observation d’un fait social qui m’a traumatisé dans mon adolescence. Ainsi, j'ai gardé cette injustice dans ma tête pendant plus de trente ans.

Maurice Okoumba-Nkoghe est né le 06 août 1954 à Franceville. Sa mère, une Ombaama (Obamba) de Franceville, s’appelle Élisabeth Ntigantsia. Son père, un fang de Mitzic, se nommait Moïse Oriand Nkoghe-Mve. Il a été maître d’école de 1967 à 1974, député à l’Assemblée Nationale de 1967 à 1974 et enfin chef du personnel à Hévégab. Amoureux tôt de littérature, Moïse Oriand Nkoghe-Mve a commencé à publier dans Réalités Gabonaises (contes, poèmes et essais). Décédé en mars 2000 à Libreville, il a malgré tout, laissé de nombreux tapuscrits que son fils se charge de publier à titre posthume.

Okoumba-Nkoghé c’est… un parcours impressionnant !

Okoumba-Nkoghe fait ses études à Franceville jusqu’en classe de 1ère A. Voulant se rapprocher de son père, il demande l’année suivante un transfert au lycée d’Etat d’Oyem. Maurice obtient le baccalauréat en juin 1974 et s’inscrit à l’université de Libreville. Deux années plus tard, il s’envole pour Lyon (France). Il soutient six années plus tard une thèse de doctorat de 3ème cycle dont le sujet est : « Saint-Exupéry et l’avion. »

L’homme revient à Libreville en août 1982. Il est recruté à l’Université Omar Bongo comme professeur de littérature française,- une discipline qu’il enseigne jusqu’à sa retraite en décembre 2019. En Avril 1986, Jean Emile MBOT, alors ministre de la culture, l’appelle à ses côtés en qualité de Conseiller Technique. L’année suivante, il est cofondateur de l’Union des Ecrivains Gabonais (l’UDEG). À la même époque, il est nommé Secrétaire Général de la Commission Nationale pour le Centre International des Civilisations Bantu (CICIBA).

En mars 1989, il est appelé à la Présidence de la République comme Conseiller Chargé des Affaires Culturelles, aux côtés de Pierre Claver Akendengue, qui lui, est à ce moment chef de ce département. Dès la rentrée académique 2003-2004, il est nommé Directeur du Département des Lettres Modernes. Le 10 janvier 2004, ses confrères de l’UDEG l’élisent à la tête de l’association afin de continuer l’œuvre de ses prédécesseurs.

Okoumba-Nkoghe a occupé, entre 2006 et 2009, le poste Directeur de Cabinet Adjoint du Premier Ministre, Chef du Gouvernement. Son envie d’écrire est certainement héréditaire. Toutefois, l’élément déclencheur fut la mort de l’ami de ses oncles. Une mort suspecte dans un commissariat de police. De cette tragédie naîtra le célèbre roman ’’La mouche et la glu’’.
A la retraite depuis 2019, l’équipe de Visez La Lune est partie à la rencontre de ce monument de la littérature gabonaise qui a bien voulu, nous accorder de son temps, pour répondre à quelques questions de notre part. 

VisezLaLune : Comment vous sentez-vous à la fin de cette carrière fournie ? En effet, peut-on emprunter le mot « carrière « dans votre cas ?

Okoumba-Nkoghe : Je commence par le second volet de la question. Même si j’écris par passion, je considère l’écriture comme une carrière. Le prolongement de mon vrai métier qui est l’enseignement. À ce titre, le travail d’écrivain est à comparer à la profession d’un prêtre (de religion traditionnelle, catholique, musulmane…). On agit sur l’esprit du citoyen afin qu’il s’améliore. Je termine par le premier volet. Pour dire qu’à l’aune d’un siècle de carrière, je suis encore mieux outillé pour continuer à témoigner. Car, écrire c’est dire ce qui se passe autour de soi.

VLL : Reste-t-il de la place dans ce que vous dites et surtout dans votre travail d’écrivain pour la notion de liberté ?

O-N : C’est quoi la liberté, pour l’écrivain ? Sinon son pouvoir à disposer de lui-même. Sa capacité à agir selon ce qui est bon pour lui comme pour autrui… Il y a beaucoup de place pour la liberté dans mon travail de création d’une œuvre de l’esprit. J’ai pour principe la nature ; pour règle la justice, et pour garantie la loi. C’est au nom de la liberté que je campe mes personnages dans un environnement social, lui-même régit par des règles.

VLL : Comment écrivez-vous ? J’entends par là, l’évolution à partir de l’éclosion de l’idée, jusqu’à sa mise en écriture ?

O-N : Quand j’ai écrit « La mouche et la glu », ma première fiction, je suis parti de l’observation d’un fait social qui m’a traumatisé dans mon adolescence. Ainsi, j’ai gardé cette injustice dans ma tête pendant plus de trente ans. En outre, arrivé à Lyon dans la suite de mes études universitaires, je l’ai mise en écriture. Les lieux s’y prêtaient. En revanche, cette démarche est la même pour toutes les œuvres nées par la suite : observation, analyse, écriture.

VLL : Vous parlez de « La mouche et la glu » comme votre premier roman. Pourquoi, au regard de la biographie affichée, il n’est édité qu’en 1984 ? Que s’est-il donc passé avant ?

O-N : Le tapuscrit de « La mouche et la glu » est remis à Présence Africaine en 1978. Le titre initial est La toile d’araignée. Bien que l’éditeur m’ait répondu favorablement, j’ai attendu très longtemps. Entre temps, j’ai écrit et publié d’autres textes à compte d’auteur : Paroles vives écorchée, (poèmes, Arcam, Paris, 1979) ; Rhône-Ogooué (poème, Arcam, Paris, 1980) ; Le soleil élargit la misère (poèmes, Arcam, Paris, 1980) et Siana (roman, Silex, Paris, 1981). En 1984, déjà rentré au Gabon, je reçois un courrier de Présence Africaine. Où il m’est demandé de changer de titre. En effet, un autre auteur avait déjà publié une oeuvre avec cet intitulé. Finalement, j’opte alors pour « La mouche et la glue », qui sera publié la même année. Mais sur le plan de l’écriture, c’est mon premier texte.

VLL : Après plus de 15 ouvrages déjà parus, lequel vous représente le plus ?

O-N : « Siana », c’est moi ! Quand je l’avoue à mes étudiants, ils ne me croient pas. Au motif que, très peu de ceux qui ont réussi n’étalent pas leurs origines modestes avec autant de franchise. À plus forte raison, quand ces origines sont ponctuées par une misère aussi criarde que celle du petit Siana. Malgré tout, voyez-vous, je crois qu’ils ont tort. Exister, c’est témoigner de la présence de Dieu dans notre vie. Quand tu es sorti de la misère, il faut remercier le Seigneur. Le faire, c’est afficher toutes les étapes de sa vie. Pour un enseignant, c’est primordial. Comme pour dire aux plus pauvres d’entre les disciples de ne pas désespérer.

VLL : L’environnement joue t-il un rôle capital lors de vos écrits ?

O-N : Absolument ! Mes personnages sont des citoyens d’un pays. Bien que fictif, celui-ci est situé quelque part en Afrique centrale et subit par contre la réalité de son milieu géographique et historique.

VLL : Votre roman « Le Destin de Doussala » parle de mariage forcé, de sorcellerie et de magie. Pourquoi aborder ces thèmes ?

O-N : C’est une histoire vécue par ma belle-mère quand elle n’était qu’une gamine. Par contre, dans le roman, elle s’appelle Diboti-Vevele. Autrement dit, ‘’la beauté sacrifiée’’. Doussala, ‘’la plume’’ en langue punu, est sa mère. Qui est presque vendue par un père polygame à un homme adepte de sorcellerie et de magie. En dernier lieu, je n’ai fait que traduire fidèlement ce qui m’a été raconté par ma belle-mère. En outre, mariage forcé, sorcellerie et magie sont le quotidien sous les tropiques.

VLL : Quels conseils auriez-vous pour les amateurs de littérature qui vous connaissent plutôt à travers vos romans ?

O-N : La maîtrise de la langue est certes primordiale. Mais, que vaut cette maîtrise sans l’inspiration ? Le mot ‘’inspiration’’ vient du latin « in spiritu ». Tu es alors immergé dans ton propre esprit. De ce fait, c’est un instant privilégié où s’entremêlent intuition, sentiment, émotion et joie. Ainsi, tu es capable de t’exprimer en poésie, en écriture, en peinture, en musique… Par la suite, sans cet élan créateur d’origine mystérieuse, il n’y a pas de génie, il n’y a pas de création artistique. En somme, le conseil que j’ai toujours donné à ceux qui me sollicitent reste technique. Mais en réalité, Le génie ne s’apprend pas, il est inné.

VLL : Dans la vie, il n’y a pas que le côté professionnel. Comment vous occupez-vous pendant votre temps libre ? Êtes-vous du genre à se retrouver en famille ou alors, de ceux qui se plongent dans la lecture/écriture ?

O-N : Certainement, la vie ne se limite pas à la profession. Outre l’enseignement et l’écriture, j’ai des loisirs qui sont le sport et la marche.

VLL : Avez-vous un mot de fin pour nos lecteurs et la jeunesse africaine, en particulier gabonaise ?

O-N : À l’exemple de ceux d’autres continents, les jeunes d’Afrique ne doivent compter que sur leur capacité à se projeter dans le futur. Encore une fois, que cette projection n’efface pas leur mémoire !

DU MEME AUTEUR

Paroles vives écorchées (poèmes), Arcam, Paris, 1979.
Rhône-Ogooué (poèmes), Arcam, Paris, 1980.
Le soleil élargit la misère (poèmes), Arcam, Paris, 1980.
La mouche et la glu (roman), Présence Africaine, Paris, 1984.
Adia (roman), Akpagnon, Paris, 1985.
Olendé (épopée), Paris, L’Harmattan, 1990.
Nzébi (épopée), Raponda Walker, Libreville, 2001.


Le signe de la source (roman), Yaoundé, Clé, 2007.
Le pacte d’Afia (roman), Éd. Magali, Libreville, 2009.
Le rêve de Nyenzi (roman), Éd. Ntsame, Libreville, 2010.
Le destin de Doussala (roman), ODEM, Libreville, 2011.
Le chemin de la mémoire (roman), Clé, Yaoundé, 2013.
Elo la fille du soleil (roman), Yaoundé, Clé, 2013.
Entretien 1, ODEM, Libreville, 2013.
Les béquilles de Tambi (nouvelles), Clé, Yaoundé, 2014.
Duo en prose, (avec Parfaite Ollame), Magali, Libreville, 2015.
La courbe du soleil, La Doxa, France, 2016.
Ma Lydia, (lettres), Éd. Ntsame, Libreville, 2018.
Siana (roman réédité), Yaoundé, Clé, 2019.
Adia (roman réédité), Clé, Yaoundé, 2019.
Longo (roman), Ed. Cornelus, 2019.
Comprendre Le signe de la source, (avec Parfaite Ollame), Clé, Yaoundé, 2020.

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